La récente fête de la citoyenneté a donné lieu à des commentaires étranges et à une réaction des élus contraire à la lettre et à l’esprit de l’accord de Nouméa d’une part, et à la compréhension du rôle de représentant des électeurs.
Pour tous les démocrates et pour tous les républicains, un député élu représente l’ensemble de sa circonscription, en non pas seulement les électeurs qui ont voté pour lui ! Dans ces conditions, voire un député écrire que « pour les gens qu’il représente, le 24 septembre reste la commémoration du ratachement de la Nouvelle-Calédonie à la France » constitue au moins une erreur grave : le mépris pour ceux qui ne pensent pas comme soi est une conception étrange de la charge de député.(le compte rendu ici)
La fête de la citoyenneté, à laquelle le PS s’associe, et dans laquelle il était représenté, a tout d’abord été une réussite de fréquentation. Elle a également été, le matin au moins, une réussite de fréquentation pluriethnique, mais l’absence des politiques a probablement découragé dans la journée les citoyens venus entendre l’avis de leurs élus sur la citoyenneté.
Il est consternant de constater que le rapport fait par certains médias est totalement biaisé, titrant sur un échec ! Quelle autre manifestation pourrait attirer au centre de Nouméa, un Lundi ferié et ensoleillé, une assistance aussi nombreuse ? Le seul échec est celui de certains de nos politiques, inquiets devant un accord qu’ils ont signé et qui est approuvé massivement (72%) par toute la population.
Donner un contenu concret à la citoyenneté calédonienne est un principe inscrit, en toutes lettres, au coeur de l’accord de Nouméa : « Cette solution définit pour vingt années l’organisation politique de la Nouvelle- Calédonie et les modalités de son émancipation. Au cours de cette période, des signes seront donné de la reconnaissance progressive d’une citoyenneté de la Nouvelle- Calédonie, celle-ci devant traduire la communauté de destin choisie » (texte dans le préambule de l’accord de Nouméa)
Il est donc temps que chacun d’entre nous réagisse en citoyen, car nous sommes de toute façon au moins citoyens européens, et aussi citoyens français.
Le citoyen « exprime non pas son intérêt individuel mais l’intérêt général. Cet intérêt général ne se résume pas à la somme des volontés particulières mais la dépasse. » (Rousseau)
Le PS constate que la population est donc en avance sur la plupart de ses élus, et salue la présence d’une élue provinciale en la personne de Christiane Gambey.
Dans l’optique des prochaines élections municipales, le PS constate l’omniprésence médiatique du maire. Malheureusement, cette présence est payée par les contribuables, en particulier sous la forme d’un DVD et de journaux, payés sur les budgets de la mairie juste avant que la loi n’interdise ces pratiques pour cause de campagne électorale. Ces « oeuvres » n’ont pas été commentées par la presse, ce qui est dommage, car le contraste entre le luxe de la présentation et la pauvreté des textes et des informations nous a frappé.... Le contraste est tout aussi fort entre la présence insistante et répétée du maire et l’absence totale des adjoints, y compris le premier adjoint. On pourrait croire que le maire de Nouméa dirige seul une ville de 50.000 habitants , comme notre nouveau président de la république, qui occupe l’espace de travail de tous ses ministres !
L’exemple vient d’en haut, mais est-il réaliste, ou souhaitable.
Le PS dit que la Ville, en pleine expansion, ne peut plus être gérée par la même équipe, d’une part parce que ce n’est pas le Maire qui choisit son équipe, mais une commission totalement opaque en fonction de critères inconnus, d’autre part, parce que si le PS respecte la personne qu’est le maire actuel, le PS pense que la Ville, dans son développement actuel, a besoin d’une équipe jeune et dynamique.
Le PS pense que les populations méritent la présence physique de leurs élus et de leurs services publics, dans tous les « quartiers ». Pour le PS, une ville est un espace que l’on partage, et non pas un espace que l’on coupe en quartiers soigneusement isolés les uns des autres ! Lire que « les quartiers investissent le centre-ville » dans certains quotidiens, c’est plus qu’incorrect, et cela marque bien la volonté de l’équipe municipale de couper Nouméa en tranches.
Nouméa n’a aucun plan de déplacement urbain digne de ce nom. Les seuls déplacements encore possibles se font en voiture, et pour peu de temps, car les embouteillages deviennent insupportables pour tous. Aucun débat n’est mené sur ce sujet qui concerne tout le monde !
La gestion des déplacements sera donc une priorité du PS qui se présentera devant les électeurs. Le plan de déplacement urbain est une urgence, il doit établir le partage entre piétons (où sont les cheminements piétons ?) transports en commun (qui sont à restaurer et même à réinventer) et l’automobile. Il doit être pensé au sein d’associations de quartier, que la loi autorise mais que la municipalité actuelle refuse.
La gestion intercommunale qui pourrait rendre ces déplacements efficaces, est totalement négligée par les équipes en place. C’est une priorité reconnue dans le monde entier, sauf par nos élus.
Pour toutes ses raisons, le PS sera présent aux élections municipales à Nouméa. Des listes citoyennes, porteuses de progrès et non pas de nostalgie, se constituent sans exclusive. Nous appelons les citoyens de Nouvelle Calédonie à étudier ce qui nous rapproche, au lieu de se focaliser comme nos élus sur ce qui les sépare.
Les combats d’Ate nous poursuivront longtemps encore. Il était de ceux qui s’étaient immédiatement mobilisés contre le don inacceptable du domaine de Prony, don fait sans aucune contrepartie, par caprice du pouvoir de l’époque.
Un site internet est toujours là pour montrer à quel point les combats étaient rudes :http://www.nouvelle-caledonie.org/prony. Et c’est dans cette manif là que nous avons défilé tous, drapeau Kanaky et drapeau Français entrecroisés.
Tous les combattants de l’époque ne sont pas forcément dans le même parti, tous ne sont pas forcement actifs, mais sur la liste kanaky on line le fantôme d’Ate plane toujours.
Merci à Fara et Damien de s’en être rappelé et d’avoir dédié cette victoire à Ate.
La cour administrative d’appel de Paris a annulé définitivement le permis de recherches sur Prony Ouest, accordé à Goro Nickel en 2003. Cette décision remet sur le marché les 4 millions de tonnes de nickel du site. Les appétits sont déjà aiguisés, notamment à la SLN.
La décision avait fait scandale. Quand, en 2002, le président de province Jacques Lafleur donnait à Goro Nickel un permis de recherches gratuit sur l’une des réserves de nickel les plus intéressantes du monde, celle de Prony Ouest, l’opinion publique s’était indignée. Quelques mois auparavant, Goro Nickel avait obtenu un premier massif, et l’autorisation d’implanter son usine. « Ne bradez pas nos richesses », « ne compromettez pas l’usine du Nord [en renforçant celle du Sud, NDLR] », scandaient des milliers de manifestants devant la Maison bleue, le 5 juillet 2002, quand le choix fut officialisé. Dans le défilé, on trouvait toutes les ethnies et toutes les tendances politiques, hormis celle du RCPR. Depuis les années 1970, on savait que la zone contenait environ 4 millions de tonnes de nickel, et permettrait à Goro Nickel de passer sa production de nickel métal de 60 000 à 120 000 tonnes par an (chrome et cobalt non compris), pour un surcoût dérisoire.
Par deux fois, la loi organique avait été contournée
Paradoxe : c’est pour une question de pure forme que ce choix politique est aujourd’hui enterré pour de bon. Par deux fois, les quelques contraintes de la loi organique de 1999 n’ont pas été respectées par les élus. Dès novembre 2003, une première annulation avait sanctionné la distraction de l’autorité provinciale. Jacques Lafleur avait fait valider la délibération « pro-Goro » par l’assemblée, alors qu’il venait de transférer les questions minières à un bureau exécutif restreint. À l’époque, il avait évacué cette « question de forme » en faisant revoter le texte cinq jours après l’annulation, par le bon bureau cette fois. C’est cette seconde délibération que la cour administrative de Paris vient de casser. Cette fois, les juges, le comité consultatif des mines et le conseil des mines n’ont pas donné leur avis sur le sujet, comme l’impose la loi organique. Un oubli fâcheux, puisque ces deux instances ne sont que consultatives, et que leur opinion ne contraint en rien la province (1). Le premier texte, en 2002, était d’ailleurs passé contre l’avis du comité des mines. À l’époque, la province pensait que la double consultation n’était pas nécessaire, puisqu’il s’agissait quasiment de la même délibération. Seulement, entre 2002 et 2003, l’usine a été suspendue et « ces éléments nouveaux [rendaient] une nouvelle consultation nécessaire ». Conséquence : Prony Ouest retombe dans le patrimoine public, et fait ainsi son retour sur le marché des matières premières. En 2002, Anglo American, Phelps Dodge ( en association avec la SMT de Louis Ballande) et BHP-Billiton s’étaient portés candidats. Six ans plus tard, de nombreux prétendants grattent déjà à la porte d’une province qui promet, cette fois, de céder le pactole à sa juste valeur. La chasse est ouverte.
(1) Le conseil des mines (CM) est placé sous la présidence du haut- commissaire (qui ne vote pas), et comprend les présidents des autres exécutifs (gouvernement et provinces). Il est obligatoirement consulté sur toute délibération en matière minière. Quant au comité consultatif des mines (CCM), il se compose de représentants de l’État, du gouvernement, du Congrès, du Sénat coutumier, des organisations professionnelles et syndicales et des associations de protection de l’environnement. Il est obligatoirement consulté sur tous les textes miniers adoptés par le Congrès ou une assemblée de province.
Marc Baltzer LNC du 16/06/2008
Hommage oral d’Aloisio Sako à Atélémo Moléana,
vendredi 28 Mars 2008
De petites choses parce que sur le chemin que nous avons parcouru ensemble il me disait ceci que : « Si jamais je partais avant toi, alors dis bien ceci : c’est l’homme qui parlât aux murs »
Oui , Il s’est beaucoup engagé dans les législatives et devant les tours de Magenta un meeting devant ses frères, c’était un mardi à 4 heures de l’après-midi, il est arrivé à 4h moins 5.
Il y avait là qu’un vieux et il disait au vieux :
« Vieux, où est-ce qu’on va tenir la réunion ? »
Il dit : « mais c’est ici, mon fils »
« Mais, où sont les autres ? »
« Attends, ils vont venir »
À 4h et demi ils n’étaient toujours pas là. Et puis enfin à 5h moins le quart les premiers sont arrivés, dont Léonard (Poigoune) qui est parti avant Até. Puis il y a les autres puis il y a Déwé qui est arrivée.
Et puis vous vous êtes dit :
« Mais, il y a personne », « oui, mais faut commencer la réunion ».
Il va prendre le micro et puis il va s’adresser aux murs, aux tours, où il n’y avait personne en vue. Et puis il va faire ça à la Rivière-Salée, au River Star, partout.
Et il va dire : « Mais tu vois, j’ai appris une chose des kanak , c’est que eux, ils savent parler aux esprits, aux murs. Et ben moi , je l’ai appris »
Voilà Até, tu voulais que je dise cela :
« Voici l’homme qui parlât aux murs »
Une dernière fois, Tata, Até, merci.
Parler de la mondialisation et de ses conséquences est un débat difficile. Cela suggère que les interactions entre la Nouvelle-Calédonie et le reste du monde ne sont pas purement négatives ni unilatérales. Cela induit aussi que ces interactions ne sont pas seulement des pressions sur les ressources et les activités économiques mais touchent aussi les dimensions sociales, institutionnelles et politiques. En cela, il est tout à fait utile que le schéma d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie prenne "en considération le phénomène de la mondialisation".
Oui ! La mondialisation est un phénomène. Le propre d’un phénomène est qu’il s’observe mais qu’il frappe par sa nouveauté ou son caractère d’évènement exceptionnel. Ne sommes-nous pas dans un contexte exceptionnel ? Sur la planète, tous les clignotants se mettent en route pour indiquer que nous sommes entrés sur la voie de la survie. Sur fond de désastres environnementaux, le vent de la crise financière attise les feux de la pénurie mondiale. Aménager notre territoire calédonien devient bien plus qu’une simple exigence de développement durable : C’est organiser notre sûreté, notre sursis dans un monde en folie. Nous sommes là typiquement dans une situation d’opposition entre global et local. Après tout, si nous subissons plus les effets de la mondialisation que nous n’influons sur elle, à quoi sert-il d’être ouvert sur le monde ? Plus qu’une question de simple bon sens, c’est une question politique.
Selon l’art.211 de la loi organique, "le schéma d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie exprime les orientations fondamentales en matière d’infrastructures, de formation initiale et continue, d’environnement, d’équipement, de services d’intérêt territorial et de développement économique , social et culturel. Il veille à un développement équilibré du territoire..." Si dans le texte, le législateur propose des perspectives, exprime des orientations fondamentales, pour autant il reste très explicite lorsqu’il dicte que le schéma d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie "veille à un développement équilibré du territoire". Il ne s’exprime là ni en termes de globalité, ni en termes d’externalités mais bien en termes de territorialité. Autrement dit, la question primale, ce ne sont pas les influences exogènes de la mondialisation : la mission que nous confie le législateur c’est de veiller, d’être vigilants sur les équilibres d’un développement dans une dimension spatiale donnée, le territoire. Or s’agissant d’une disposition d’une loi organique (située juste en dessous du bloc des lois constitutionnelles), cela veut dire que l’objet prévalent est le développement équilibré du territoire ; le développement économique devenant un objet subsidiaire. Plus qu’une question d’interprétation juridique, c’est une vision politique.
"Définir un positionnement clair de la Nouvelle-Calédonie dans le contexte de la mondialisation, avec ses atouts, ses faiblesses, les problèmes que cela pose et les attentes d’une population de plus en plus ouverte sur le monde" N’est-ce pas une démarche "parfaitement compatible avec l’idée que les petits peuples, si petits soient-ils, puissent édicter souverainement les lois et les règles qui régiront leur vie, leur destin, et exprimeront leur identité sur la scène internationale" ?. (M.Rocard) Plus qu’une question d’indépendance, c’est pour ma part une conviction politique.
Jean-Jacques Paponaud Un socialiste en Nouvelle-Calédonie
Plus de 1000 personnes rassemblées dans cette salle qui ne compte que 900 places, pour écouter Michel Rocard et lui faire une "Standing Ovation" à la fin. De quoi être fier d’être socialiste en Nouvelle-Calédonie…
Cette conférence a donné lieu à de nombreuses réactions. Il faut se souvenir que la classe politique calédonienne n’y croyait pas, La salle prévue au départ par le Gouvernement pouvait recevoir 120 personnes.... Plus de 1000 étaient là.
Y compris le Parti travailliste et ses banderoles qui se sont effondrées avant la fin de la conférence.
Les accords de Matignon sont l’acte de naissance des calédoniens d’aujourd’hui, des calédoniens qui pour 45% d’entre eux, ont moins de 20 ans. Pour ceux-là, cette histoire n’existe que dans les livres et dans la mémoire des anciens. Hors il est toujours et partout beaucoup plus facile de faire la guerre, que de faire la paix, c’est-à-dire apprendre à vivre ensemble. Tout homme qui subit la frustration a tendance à tomber dans la méfiance, puis dans la haine de l’autre. Hors la méfiance, c’est le début de la guerre. Et la guerre, c’est facile, Il suffit de choisir son camp pour être toujours du côté du bien. Et ceux qui veulent la paix passent toujours d’abord pour des traîtres.
Vivre en paix, c’est un art qui suppose d’identifier l’autre comme étant différent, tout en reconnaissant en lui son propre frère. Et ça, c’est difficile et ça s’oublie vite. À la première difficulté, la tentation revient de dénoncer "l’autre" comme responsable et de lui taper dessus.
Les calédoniens se sont toujours méfiés de l’état colonial. Ils ont eu raison, car les mensonges d’état ont été nombreux. Dans la vie politique, il est un exercice dans lequel le mensonge est permis, voire souhaité, ce sont les promesses électorales. Par contre, il est grave que l’état renie sa parole.
Ici, il l’a fait par 2 fois au moins :
L’abrogation de la loi-cadre Deferre.
Ce statut Defferre appliqué en 1957 instituait un gouvernement élu par le peuple Calédonien, bien que présidé par le haut commissaire. L’Union Calédonienne, rassemblant les kanaks et les petits colons blancs, ayant l’aval de l’église et des syndicats, avait remporté les élections. En 1963, cette loi a été abrogée par douze députés, en séance de nuit, à Paris, et tous les pouvoirs sont retournés à l’État. Pourquoi ? La France voulait utiliser la Polynésie pour ses essais nucléaires. Il s’agissait d’empêcher une protestation dans les territoires du Pacifique.
La circulaire Messmer
Lorsqu’un homme pourtant de la qualité de Pierre Messmer, que je respecte, prend l’idée de faire de la Nouvelle-Calédonie une colonie de peuplement, vous avez raison de vous inquiéter…
Moi qui suis fier de mon pays, qui a écrit la déclaration des droits de l’homme, j’ai honte aussi des choses que La France a fait içi, et ailleurs. Quand l’armée chassait les tribus de la mer à coups de fusil pour faire place aux colons. Le grand-père de Jean-Marie Tjibaou a couru comme ça en portant un enfant de quatre ans. À côté de lui, un proche est tombé d’une balle dans le dos.
J’ai vu mon pays faire des guerres pour reconquérir ses anciennes colonies, l’Indochine et l’Algérie. La violence, la mort, la torture et l’impossibilité de gagner. Car s’il est facile de coloniser des peuples analphabètes, ce n’est plus possible quand ils ont eu accès à la culture.
C’est cet épisode d’un ministre socialiste qui a donné blanc-seing à l’armée en Algérie, qui m’a fait démissionner du PS et créer le PSU. Mais la France colonisatrice a partout construit des routes, des écoles et des hôpitaux. Les Anglais, eux, n’ont fait que du commerce et sont partis en laissant la misère derrière eux. Les Belges ont probablement été les pires. Voyez aujourd’hui. le Rwanda et le Congo.
Les Accords ne sont rien sans les hommes. Dans l’histoire de l’accord de
Matignon, trois hommes s’affrontaient
Jean-Marie Tjibaou est un rural, un homme de la terre, un homme pénétré de sa tribu, de son peuple. C’est aussi un ancien prêtre, pénétré d’humanisme, loin des ultras de son propre camp. C’est un homme désireux de paix et de dignité, qui a perdu des frères, des cousins, des compagnons de lutte, et qui "attend la balle perdue" depuis le début des évènements. La mort le côtoie tous les jours.
Jacques Lafleur est un industriel, et non pas un financier. La différence est de taille, les industriels ont une vision claire de l’humain, qui fabrique. Les financiers sont déconnectés de l’aspect humain des choses. Si Lafleur avait été un financier, il est fort probable que l’accord eut été beaucoup plus difficile à faire. C’est un homme malade, qui vient de subir et qui va subir à nouveau des interventions cardiaques. Pour lui aussi, la mort rôde. Je suis convaincu que c’est l’amour de sa terre et la crainte de ne pas être capable de transmettre à ses enfants ce qui lui était si cher qui l’ont convaincu de faire cet accord.
Je suis moi-même (Michel Rocard) un républicain, un homme de gauche, un fonctionnaire, mais un fonctionnaire social-démocrate, décentralisateur, anti-jacobin, qui croit que les bonnes décisions se prennent au plus près des hommes.
"Les accords" ou l’accord de Matignon Oudinot ont été un de mes premiers actes de premier ministre fraîchement nommé, à l’étonnement de tous, par François Mitterrand qui ne m’appréciait pas. Au passage, méfiez vous, vous pouvez être nommé premier ministre par surprise.... cela peut arriver à tout le monde.
Lors de ma première entrevue avec François Mitterand, donc quelques jours après l’affaire d’Ouvéa, je lui ai posé la question de savoir si ce dossier Calédonien était de la compétence de l’Elysée où du gouvernement. L’Elysée avait donné l’autorisation de l’assaut à Ouvéa...
"Ne m’en parlez pas, j’ai été trompé" a répondu Mitterand, en assurant que la Nouvelle Calédonie était un dossier totalement gouvernemental.
Je me suis donc trouvé à la tête d’un dossier concernant un pays que je ne connaissais pas. Ma première réaction a été excessive : j’ai voulu tout lire. 11 livres en 3 jours, c’était le week-end de l’Ascencion.
Et je vous ai découverts, vous tous qui êtes là, comme des gens déçus par la France, habitant un pays en guerre où plus personne ne se parlait. J’ai découvert un pays très religieux, mais aussi un pays où les loges maçonniques étaient très présentes, et où c’était le seul endroit où l’on échangeait encore. Aucune communauté ne voulait parler à l’autre, et aucune ne voulait parler à l’état : Les Kanak se souvenaient que l’État avait violé sa parole à plusieurs reprises. La communauté caldoche n’avait pas confiance dans un gouvernement de gauche. Elle prenait François Mitterrand pour un traitre et, pour moi, c’était peut-être encore pire. Aucun pourparler public n’était donc plus possible.
Il fallait, pour arriver à parler, trouver des hommes indiscutables, au-delà de la mêlée, des hommes qui sauraient vous faire vous parler. Il fallait qu’ils soient de toutes appartenances, j’avais donc choisi un franc-maçon, un pasteur, un prêtre catholique, et un haut fonctionnaire. Le choix de ces hommes a été difficile, et leur engagement encore plus difficile à obtenir.
Le secrétariat de Matignon a su trouver un homme hautement compétent en la personne de Jean-Claude Perier, ancien directeur de la gendarmerie.
La complexité la plus grande a probablement été posée par le Chanoine Guilberteau. Son nom m’a été confirmé par le Cardinal Decourtray, pris au dépourvu, qui n’avait pas d’autre personnage à me conseiller dans un temps aussi court (quelques heures). Je le connaissais pour l’avoir côtoyé des années avant. Lors de mon appel, il me répond qu’en tant que recteur de l’université catholique de Paris son employeur est le cardinal Lustiger, archevêque de Paris. J’appelle donc Lustiger, qui comprend immédiatement d’où vient l’information, et qui, en bon gestionnaire, me répond : La dernière fois que l’Église a rendu un service de puissance publique à l’État français, c’était sous Louis XIV. Nous allons réfléchir et vous rendrons réponse, Monsieur le Premier ministre. ». Tout le monde devait être dans l’avion le soir même. Je suis resté au téléphone…
Le cabinet de François Mitterand a appelé à ce moment-là signalant son accord avec ma démarche, mais disant nettement qu’il manquait à ma mission un juriste. Tout Mitterand était là-dedans : à la fois une idée brillante, incontestable, et tout à fait l’idée qui peut faire manquer toute la mission : qui trouvera un juriste un samedi après-midi ?
Le nom de Pierre Steinmetz, ancien collaborateur de Raymond Barre, est venu rapidement dans les listes que j’ai demandées à mes services, à la fois dans les avocats et dans les juges les plus compétents. Le plus amusant a été de le trouver, après avoir obtenu (facilement d’ailleurs) l’accord de Raymond Barre. Steinmetz fêtait un mariage dans un petit village de Vendée non connecté au téléphone. Ce sont donc les gendarmes qui ont été le chercher. Etant donné son histoire familiale, la présence de son épouse était indispensable, et elle a été du voyage. Autant dire que déjà, les futurs accords étaient une espèce de mirage qui avaient déjà failli capoter plusieurs fois. Autant dire que personne n’y croyait.
Là-dessus la mission commence, et je reste tous les matins accroché à la presse, dans l’angoisse qu’un évènement grave se produise. Il s’en produit un, un jeune kanak est tué par une patrouille. Immédiatement, le haut commandement invoque la légitime défense. Mais, le lendemain, l’autopsie révèle qu’il avait été tué d’une balle dans le dos. À la grande colère de Jean-Pierre Chevènement, Ministre de la défense, qui ne me l’a toujours pas pardonné, j’ai interdit les patrouilles et interdit aux soldats de sortir de leurs casernes. J’ai vécu cette période avec une angoisse que vous pouvez imaginer...
La mission a fait un excellent travail, ils ont réalisé 600 auditions qui sont colligées dans un document qui doit dormir dans les archives de Matignon. La Nouvelle-Calédonie serait d’ailleurs bien inspirée de demander ce document. Je l’ai lu (en travers, il était trop long de tout lire) et y ai trouvé des auditions de toutes les communautés, grandes, petites, tribus… C’était passionnant d’avoir la parole de ces gens.
Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou ont été enfin convaincus de venir négocier à Paris. Pour Jacques Lafleur il n’y avait aucune difficulté. Pour Jean-Marie, c’était autre chose, il était cité dans de multiples affaires, y compris de terrorisme. Etant donné la séparation des pouvoirs, et pour éviter que le zèle de la justice ou de la police judiciaire ne fasse tout capoter, j’ai demandé à la DST de sécuriser le voyage. DST contre PJ, c’est cela aussi, gouverner, c’est jouer des coudes.
Je les ai d’abord reçus à déjeuner, un déjeuner terrible après le conseil des ministres, pendant lequel j’ai déclenché une crise de coliques néphrétiques. Cette affection est malheureusement une des plus douloureuse connue. Vous imaginez les deux protagonistes, à qui on ne demandait qu’un communiqué de presse 4 lignes, déjeunant avec un premier ministre qui s’absentait toutes les 15 minutes pour calmer sa douleur… J’ai fini dans un bain chaud qui m’a soulagé, et ai fait dire que je n’en sortirais qu’avec le communiqué. Je suis resté dans mon bain jusques à 16:30, mais le communiqué était rédigé.
Les compositions des deux délégations, déjà, m’ont angoissé. Deux noms en particuliers ne présageaient rien de bon : celui d’Harold Martin, donc on me disait qu’il était le chef des milices RPCR, et celui de la sœur d’Eloi Machoro… Je me suis dit, s’ils m’envoient les plus durs, ça va pas être simple.
Ils sont donc entrés le matin du Samedi, par la porte du jardin de Matignon, en l’absence absolue de tout journaliste. Dans ce genre d’affaire, la presse est l’ennemi, car tout communiqué est immédiatement repris par les extrémistes des deux camps, ce qui leur permet la surenchère. L’hôtel Matignon était prêt, avec de quoi manger pour 15 personnes pendant 3 jours, des matelas dans tous les coins, une carte de Nouvelle Calédonie contrecollée sur un panneau de bois. Ils sont entrés, et je leur ai dit clairement qu’il n’y aurait pas de deuxième réunion. Je serais là avec eux pour négocier, et mon premier rendez-vous tombait le Mardi matin. D’ici là, il nous fallait trouver des solutions, et ça serait la paix, ou la guerre. J’ai clairement dit une phrase qui m’a été longtemps reprochée, mais qui était obligatoire. J’ai dit que si c’était nécessaire, la France était prête à doubler le nombre des militaires présents sur le terrain. Je n’aurais pas été légitime pour négocier sans cette phrase, et j’étais prêt à signer, le mardi matin, le départ de deux régiments. Je ne crois pas que les anti-indépendantistes m’auraient fait confiance sans cette phrase.
Une des "grandes affaires" de cette négociation était l’amnistie. Bien sur les Kanak l’exigeaient, y compris pour les crimes de sang, car il y avait des kanak en prison pour cela. Les caldoches ne voulaient pas en entendre parler. Ce que personne ne savait, c’est que dans l’amnistie, j’avais moi à rajouter deux militaires qui avaient achevé à coups de pieds, après le combat, deux blessés dans l’affaire de la grotte d’Ouvéa. Je risquais donc la haute cour dans cette négociation. Fort heureusement, l’amnistie a été acceptée.
L’ambiance a finalement été lourde, mais en chaussettes, dans une pièce ou presque tous les meubles sont classés monuments Historiques, il fallait voir Tjibaou et Lafleur crayonner au fusain une carte de Nouvelle-Calédonie, debout sur un canapé Louis XV classé…
Lorsque la situation a commencé à se détendre, vers 5 h du matin, il y a eu une première poignée de main, sous la table, que je n’ai pas vue, mais que l’on m’a rapportée (je crois que c’était JP Huchon). Celle-là n’est pas photographiée, c’est peut-être bien la première. Ensuite seulement, nous avons appelé les journalistes. Vous n’imaginez pas le nombre de journalistes payés à attendre, de permanence dans les rédactions, et que l’on peut appeler à 5 h du matin…. En une demi-heure, il y avait la 60 journalistes et 30 caméras.
Cette poignée de main, on aurait pu la faire à trois, mais cela n’aurait pas été légitime : ce qui est écrit là, dans l’accord de Matignon, ce sont les deux délégations qui l’ont fait, qui l’ont écrit. Je n’ai fait que permettre à cet accord d’émerger.
Personne n’y croyait d’ailleurs, et à raison. Cet accord est un rescapé d’une suite de petits miracles : la disponibilité de la mission du dialogue, le caractère humaniste des signataires, leur attachement à l’humain…
L’accord est signé dans une France très jacobine, ultra-centralisatrice. Il fallait un fonctionnaire un peu iconoclaste, et très décentralisateur, pour accepter cet accord très fédéral. Bien sur il ne contient pas le mot de "fédéral" car le conseil constitutionnel se serait saisi. C’est néanmoins un accord complètement fédéral : ce sont les provinces qui ont les compétences, et qui les délèguent à la Nouvelle-Calédonie. C’est le contraire de la France où l’état fait tout et délègue peu.
Les entorses à la constitution sont d’ailleurs très nombreuses :
annulation des élections municipales, suspension des maires et des conseils municipaux régulièrement élus, coupure en deux d’une commune pour faire passer les frontières de provinces… Si d’aventure quelqu’un avait saisi le conseil constitutionnel, l’accord capotait dans l’heure.
J’ai pris d’ailleurs quelques précautions : les gouvernements, cela change, les majorité, cela bascule. J’avais fait faire 6 copies originales de l’accord de Matignon : 1 pour Jean-Marie et le FLNKS, 1 pour Lafleur et le RPCR, 1 pour le ministre et les archives de Matignon, 1 pour l’Australie, 1 pour la Nouvelle Zélande, et 1 pour Alain Peyreffitte, à l’époque éditorialiste au Figaro et dont on comprenait qu’il n’approuvait surement pas les méthodes de Pons.
L’accord de Matignon a été ainsi porté à la droite à son tout début, il était dans l’éditorial du Figaro le lendemain. De cette façon, il y avait toutes les chances que la droite l’entérine.
Pour nous La Calédonie est déjà indépendante. Je veux me faire mieux comprendre sur la question de l’indépendance.
Je ne dis pas qu’elle n’a plus de sens, comme certains l’ont compris.
Je dis que la conception ancienne, héritée de Clovis, basée sur la monnaie, l’armée et la justice, est aujourd’hui dépassée. Le monde a changé. Tout s’échange, tout s’inter-change. Aucun pays ne peut traiter seul une crise bancaire ou boursière, aujourd’hui forcément internationale.
Voyez la France, qui a défendu chèrement son indépendance (n’oubliez pas que je suis un enfant de la guerre) : on a dévalué le franc 19 fois entre 1945 et 1987. À la fin, cette monnaie n’était plus tenable.
Aucun pays ne peut plus agir seul du point de vue militaire : Si l’on veut sauver des vies au Darfour ou au Congo, il faut s’allier.
La France est devenue plus forte en intégrant une monnaie. Elle est devenue plus forte en alliant son armée à d’autres. La France a gagné en force en perdant en indépendance. Une justice européenne existe qui peut donner des coups de sifflet à chaque pays. J’espère qu’un jour, l’ONU aura cette force au plan mondial.
Mais ce constat est parfaitement compatible avec l’idée que les petits peuples, si petits soient-ils, puissent édicter souverainement les lois et les règles qui régiront leur vie, leur destin, et exprimeront leur identité sur la scène internationale. Maintenant, est-ce que la Calédonie a le droit d’aspirer à avoir un siège aux Nations unies, bien sûr que oui.
Être indépendant, n’est-ce pas plutôt pouvoir vivre sa langue, sa culture, sa spiritualité et institutionnaliser ses droits ?
L’avenir des pays se fera probablement autour d’une communauté linguistique. La communauté anglophone essaie de tout balayer, elle est belliqueuse et financière. Si vous dites au revoir à la France, vous serez bienvenus dans la Francophonie, bien plus humaine. Il suffit de regarder l’état de ses anciennes colonies pour s’en persuader…
Enfin, je veux vous dire que vous n’allez pas mal, mais que vous n’allez pas très bien.
Depuis les Accords, vous avez fait des progrès économiques foudroyants. Je me suis trompé en vous qualifiant de pays sous-développé. J’avais des chiffres anciens. Vous êtes un pays en phase de développement rapide, avec 5 % de croissance par an. Mais il vous reste à faire dans l’art de cohabiter. À chaque conflit, social, ethnique, vous êtes à deux pas du recours à la violence. J’ai appris au cours de ma vie que les tentations de haine et de violence arrivent toujours très vite. Gardez-vous les uns et les autres des comportements dangereux porteurs de risque.
ppc Michel Jorda.
Sur le même sujet voir : Rocard a Tjibaou et Alain Chrisnacht
Dans les Nouvelles Calédoniennes voir Rocard a Tjibaou
La confiance populaire dans les institutions, publiques comme la justice, la police,ou privées comme la presse écrite,dépend bien entendu de l’expérience de chacun. La présidence des débats,attentionnée aux personnes ,équilibrée dans la forme et rigoureuse au fond ,constatée parfois lors de procès d’assises sont à mettre à l’actif de l’institution judiciaire.
Mais,infimes en apparence,certains des dysfonctionnements que j’ai
observés dans le traitement ,à divers niveaux ,d’évènements importants ayant marqué l’actualité me conduisent à les évoquer.Je n’entends pas jouer ainsi les censeurs à l’encontre de la police, de la justice ou de la presse écrite, mais plutôt appeler l’attention des lecteurs.
Hormis le cas justifié du "huis clos" et le moment bien entendu où le jury populaire se retire pour délibérer,un procès d’assises doit pouvoir être suivi par tout citoyen. Compte tenu de l’affluence prévisible, une salle plus grande -il y en a à Nouméa , et leur accès peut être facilement contrôlé -aurait été bienvenue pour le procés Vili. Qu’un filtrage policier ait été mis en place apparait compréhensible. A- t- on cependant réfléchi au témoignage qu’aurait donné en métropole la diffusion de quelques photos de ces océaniens -tous très paisibles-qui n’ont pu accéder au procès et sont restés trois jours durant sur des nattes à l’extérieur ,comme de ces policiers -assurément pacifiques pourtant- bardés d’équipements derrière les grilles du palais de justice ?
Je n’ai pour ma part guère passé que quatre heures (au total sur les trois jours et lors de plusieurs mouvements) devant les grilles avant de pouvoir accéder. Mais la question qui m’a été posée le troisième jour en fin de journée m’a fait dresser les cheveux sur la tête :"Vous êtes côté Wili ou côté Goyetta ?" J’avais déjà observé la veille qu’à chaque fois qu’ une personne sortait,le candidat suivant à l’entrée était introduit (un sortant, un entrant), mais devant l’ indignation que j’ai manifestée en entendant pareille question,mon interlocuteur m’a annoncé que la police avait pour consigne de respecter une certaine proportion entre les deux parties. J’ose croire que la consigne de sa hiérarchie aura été improprement comprise du jeune policier courtois qui me faisait face...car si c’était là ,vraiment,la consigne donnée, il y a de quoi être inquiet pour le destin commun. Mais ces petits dysfonctionnements sans importance apparente alimentent ,par leur accumulation même, une perte de crédibilité des citoyens. Il est grand temps d’y réfléchir et sans doute d’y remédier.
"Le schéma d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie exprime les orientations fondamentales en matière d’infrastructures, de formation initiale et continue, d’environnement, d’équipement, de services d’intérêt territorial et de développement économique , social et culturel. Il veille à un développement équilibré du territoire , en particulier au rééquilibrage de la répartition des fonds publics bénéficiant aux provinces et communes. Il fixe les objectifs à atteindre et prévoit les moyens à mettre en œuvre par l’Etat, la Nouvelle-Calédonie, les provinces et les communes". Le paragraphe que vous venez de lire est extrait de l’article 211 de la loi organique de mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie. Il ne s’agit pas d’une disposition ordinaire. Pourquoi ?
Une loi organique est une loi qui précise l’organisation des pouvoirs publics. Et c’est aussi une loi qui, dans la hiérarchie des normes, est placée sous la Constitution mais au dessus des lois ordinaires, dans le bloc de lois dit de conventionnalité qui est l’ensemble des règles de droit qui proviennent des traités et des conventions contractés entre États, ou entre les États et les organisation internationales. Par extension, y figure également le droit de l’Union européenne. C’est dire que, le rang élevé et l’importance de ce texte fondateur pour la Nouvelle-Calédonie nous apporte, plus qu’une honorabilité constitutionnelle, une bonne sécurité politique, au sens où la nature organique ou fondamentale de cette disposition porte en elle une forme de prescription impérieuse à réaliser ce qui a été prévu et décidé. Autrement dit, la mise en oeuvre du schéma d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie est un exercice d’application directe d’un point des Accords de Nouméa. C’est ce qui fait toute la différence avec une loi ordinaire qui est limitée à l’objet domestique auquel elle est dédiée, et soumise au jeu normal des tiraillements politiques au sein des assemblées.
En pratique, la mise en oeuvre du schéma d’aménagement et de développement de la NC est un cadre qui fixe sur le moyen terme (tous les 5 ans) les orientations fondamentales en matière de développement durable du territoire (ou des territoires, si l’on prend en compte les provinces). Il veille à la cohérence des projets d’équipement avec la politique de l’Etat et des différentes collectivités territoriales dès lors que ces politiques ont une incidence sur l’aménagement et la cohésion du territoire régional. A la lecture de l’état des lieux du schéma d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie édité en 2002, ce qui frappe, c’est le classicisme quasiment scolaire de ce document et l’absence de perspective politique : Le rééquilibrage est une simple "répartition des fonds publics bénéficiant aux provinces et aux communes". La difficulté à obtenir un tel document, qui n’est quand même pas classé confidentiel défense, traduit probablement des résistances issues des publics institutionnels. La nouveauté par rapport à 2002, c’est l’intention déclarée de mener "un projet pour un développement dynamique, durable et respectueux de notre identité ". Mais les travaux n’ayant pas commencé, il s’agit pour l’heure d’une onction vertueuse. Ces prochains travaux se devront de donner un perspective lisible, palpable aux Calédoniens. D’où l’importance de réussir cet exercice de projection sur l’avenir auquel nous invitent les ateliers présentés lors de la première conférence des acteurs de l’aménagement et du développement de Koné le 14 mai courant. Gageons que l’esprit d’ouverture proclamé saura être défendu.
Le schéma d’aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie est une parcelle de notre Destin Commun... Une petite parcelle mais une parcelle pleine de toutes les problématiques que nous devrons maîtriser. Une bonne raison valable et suffisante pour s’en préoccuper.
Jean Jacques Paponaud Un Socialiste en NC
C’est maintenant l’emblème du monde kanak : Ce lieu est connu partout dans le monde. J’ai du me battre pendant cinq ans pour que, au-dessus et au-dessous de moi, on ne grappille pas dans le budget au risque d’enterrer le projet, que beaucoup, ici comme en métropole, jugeaient "futile" !
- L’accord, je l’ai rendu possible par divers moyens, mais le contenu de l’accord a bien été réalisé et négocié par ceux qui se donnent cette poignée de main : le contenu de l’accord leur appartient.
Nous sommes rentrés par le jardin a Matignon et c’était le Samedi. je les ai prévenus qu’ils ne pourraient pas appeler leurs états-majors, et que la sortie tait prévue le mardi suivant. Il y avait la de qui manger, des toilettes et des matelas. Je n’étais pas du tout sur de sortir intact de là, ni d’en sortir avant le mardi suivant. J’ai été obligé de dire, et j’aurais pu le faire, que la France pouvait sans problème doubler le nombre de militaires en Nouvelle-Calédonie, et j’aurais pu signer le départ de deux régiments le mardi matin.
La situation a commencé à se détendre à 5:00 du matin le dimanche, et lorsqu’elle a commencé à s’améliorer, il y a eu une poignée de main sous la table entre Lafleur et Tjibaou. Personne ne l’a vu sauf jean-Paul Huchon qui me l’a raconté plus tard.
Ce que j’ai été obligé de négocier, c’était l’amnistie. Bien sur les Kanak l’exigeaient, y compris pour les crimes de sang, car il y avait des kanak en prison pour cela. Les caldoches ne voulaient pas en entendre parler.
Ce que personne ne savait, c’est que dans l’amnistie, j’avais moi à rajouter deux militaires qui avaient achevé à coups de pieds, après le combat, deux blessés dans l’affaire de la grotte d’Ouvéa. Je risquait donc la haute cour dans cette négociation.
- Quelle drôle de question : si vous demandez l’indépendance, c’est que vous n’avez plus besoin que l’on vous accompagne.
Pour nous (la France) vous êtes déjà indépendants, l’aide ne viendra donc pas directement de chez nous, on risque de vous "oublier". Par contre, l’aide de vos grands voisins est indispensable, et vous pouvez l’obtenir.
J’avais fait faire 6 copies originales de l’accord de Matignon : 1 pour Jean-Marie et le FLNKS, 1 pour Jacques L. et le RPCR, 1 pour le ministre et les archives de Matignon, 1 pour l’Australie, 1 pour la Nouvelle Zélande, et 1 pour Alain Peyreffitte, à l’époque éditorialiste au Figaro et dont on comprenait qu’il n’approuvait surement pas les méthodes de Pons.
Comme le monde va mal, je pense que dans l’avenir, les refuges seront dans les communautés linguistiques. La France est le pays qui a les meilleurs rapports avec ses anciennes colonies. Par rapport aux Anglais, ou aux Belges (qui ont été de loin les pires et les plus cyniques) la France a surtout exporté l’armée et les hopitaux.
J’ai été amené a faire un cours a l’école de diplomatie d’Harvard autour du film "les médiateurs du Pacifique". C’est l’exemple unique d’une guerre civile qui a été arrétée "au milieu" par la fameuse poignée de main. Cela probablement restera dans l’histoire. De même que la modification de la constitution Francaise pour permettre un accord de matignon de type "fédéral" et non pas "jacobin".
La Nouvelle-Calédonie doit sortir du sous-développement . Le Nickel n’y suffira pas : on sort du développement par l’éducation et par le travail. A vous de trouver ce que vous savez fabriquer, ce que vous savez exporter . A vous d’éduquer, encore et toujours. A vous d’enseigner dans les écoles l’égalité de dignité entre toutes les communautés. De la diminuera la méfiance. Hors la méfiance est grave car la méfiance est le début de la guerre : la guerre, c’est la méfiance poussée à bout.
Alors être indépendant, c’est être responsable et arriver à se débrouiller tout seul... bonne chance ! Il va falloir transmettre la paix à ses enfants, donc les éduquer tous, et se garder une communauté linguistique. L’anglophonie phagocyte tous les échanges, bienvenue en Francophonie ! Sans succomber au "chacun pour soi" les communautés linguistiques sont des refuges de confiance.
L’environnement est une clef stratégique de l’avenir. Le développement est une autre clef stratégique… Lorsque la Polynésie a refusé de mettre en exploitation ses attolls de phosphate, elle a fait une erreur stratégique. Elle vit dorénavant de la mendicité, ce qui donne une idée différente de la dignité. Maintenant, lorsque la Polynésie parle de son indépendance, tout le monde rit. Lorsque la Nouvelle-Calédonie parle de son indépendance, tout le monde écoute.
Il serait fou, sous des prétextes lointains de respect de l’environnement, de refuser les usines du Sud et du Nord. Mais il serait fou de laisser faire sans regarder si les techniques de dépollutions sont appliquées. On sait dorénavant tout dépolluer ou recycler. A vous de ne pas laisser le capitalisme international faire des économies sur le dos de l’environnement, mais a vous aussi de produire et de vous développer.
Toute la transcription est criticable, car faite de mémoire, mais le fond est intégralement respecté. Tous les gras/italiques sont de moi. les sous-titre sont les questions des élèves.
Toutes les photos ont été aimablement données par Marc Le Chélard
MJ
Les citoyens du pays se réclamant des valeurs de gauche ont le devoir de participer activement au processus d’émancipation de la Nouvelle- Calédonie adopté par 72% des kanaks et des calédoniens. Ils se doivent d’apporter leur contribution à l’émergence d’un pays pendant les 5 ans à venir, un pays nouveau et un peuple nouveau.
Les socialistes de Nouvelle- Calédonie ne peuvent rester indifférents ou en dehors du débat démocratique lors des élections provinciales du 9 mai 2004.
Le PS a refusé, étant donné le mode de scrutin, de s’engager sur des listes qui ne passeront pas la barre des 5% (3600 voix) et qui donneront donc leurs voix aux forces de droite.
Le PS a également refusé de s’enfermer dans un débat de communautés, refusé d’opposer les océaniens aux européens. Il a préféré opposer la pauvreté criante des progressistes à la richesse insolente des leaders de droite.
Le Parti Socialiste de Nouvelle-Calédonie a, en conséquence, choisi une alliance avec la seule liste d’union progressiste, « UNI avec le FLNKS » conduite par le PALIKA, l’UPM, et le RDO, seuls partis politiques se réclamant et défendant les valeurs de gauche, notamment en matière de lutte contre la pauvreté et pour un meilleur partage des richesses du pays.
Ne pas s’engager, c’est accepter et cautionner :
une politique sociale de charité en matière d’accès à la santé, d’aide à la famille, d’aide sociale et d’aide au logement et au transport ;
l’existence des squats au cœur de Nouméa ;
l’absence d’une véritable de politique de protection de l’environnement.
le maintien d’un système scolaire et de choix immobiliers qui organisent l’exclusion des enfants d’origine océanienne ;
la politique inégalitaire de l’emploi et des bas salaires ;
le maintien d’un système fiscal désuet, très inégalitaire et favorisant la fraude fiscale ; ce sont les pauvres qui alimentent les caisses de la Nouvelle- Calédonie ;
la politique économique de comptoir et de bradage de notre patrimoine minier ;
la non mise en œuvre des dispositions fondamentales de l’Accord de Nouméa, notamment les dispositifs relatifs à l’identité kanak et l’émancipation du pays ;
S’engager pour changer la vie :
par la construction d’un destin commun dans le respect des différences ;
par la lutte contre la pauvreté et l’exclusion durant cette mandature
par la formation des hommes ;
par la mise en place d’une démocratie participative ;
par la mise en œuvre d’un développement économique durable ;
par la construction d’un pays nouveau où l’homme est au coeur du projet : y a t’il meilleure définition des idées de gauche ?
Michel JORDA & Atélemo MOLEANA
Le propos devient de plus en plus vrai avec les discussions incohérentes sur "le futur statut" amenées comme par hasard par le RUMP.
Bien entendu, il faut "surtout" discuter de fédéralisme, association et autre, et "surtout pas" de justice sociale, de réforme fiscale, d’égalité... c’est hors sujet pour notre droite de nantis. La discussion a lieu la sur kanaky on line
Le plus triste est bien sur, que les partis qui devraient représenter les moins favorisés donnent tête baissée dans le panneau, avec l’arrière pensée de "placer les hommes" bien sur...
Je voudrais remercier la communauté Ouvéa de me laisser prendre la parole ici au nom du FLNKS, d’une partie du FLNKS, de tous ces gens qui sont derrière le FLNKS parce que je voudrais remercier Até, un copain de nous, ça a été dit tout à l’heure, de nous avoir permis à nous Kanak, à travers le FLNKS, grâce à des gens comme lui, des camarades, de nous rencontrer avec vous les Ouvéa, nous en tant que frères océaniens du Pacifique.
Et lui il nous a amené au-delà vers les autres communautés : le camarade du Parti Socialiste a parlé tout à l’heure des autres camarades. Nous devons , nous tous, à Atélémo, une bonne partie de la compréhension que nous pouvons échanger aujourd’hui, pour construire un Destin Commun.
Até tu nous laisses des traces, tes autres grands frères sont partis. Kalépo ( Muliava) et les autres, Camillo(Gata) et les autres. Certains de tes camarades sont encore là, avec nous sur ce chantier, je veux dire le chantier du cœur : parce qu’il faut ouvrir son cœur, pour partager quelque chose, pour construire ensemble.
On s’est connu, sur le terrain de foi, on a fait l’Université, on a fait la rue, on a fait le travail des Institutions. Et toi, hé bien tu as voulu avec les autres vieux amener ta pierre, au sein de la communauté. Avec nous, pour le FLNKS, tu étais au Cabinet, tu étais dans la cellule des négociations qui nous a accompagné pendant la négociation des accords de Nouméa. On a pu profiter de tes compétences et nous sommes tous bénéficiaires d’une partie de ces compétences nous qui sommes là.
Nous qui apportons notre sympathie à ta famille.
Merci à la famille parce que certainement que ce travail a fait qu’il n’était pas souvent à la maison. Merci aux frères, merci à la communauté, nous sommes tous bénéficiaires des engagements des hommes tels que Até. Il savait prendre ses responsabilités, même quand ça devait lui peser lourd, les critiques, les choses comme ça, c’est le lot de ceux qui veulent s’engager, c’est par où il faut passer pour convaincre, mais il fallait vivre aussi, dire des blagues, faire rire quand nous étions fatigués.
C’est tout ça que j’ai du mal, que je voudrais témoigner ici. Merci, encore une fois à la famille, bon courage, toutes mes condoléances, au nom du FLNKS et de tous ces gens qui se reconnaissent dans le FLNKS dont Até a partagé une partie de nos convictions . Je l’ai dit, il nous a amené au-delà.
Il nous reste à nous les jeunes de toutes les communautés d’aller au bout , de savoir relayer le travail qu’Até a commencé. Que d’autres jeunes se lèvent pour continuer le chantier du destin commun, du cœur,du partage des responsabilités. C’est votre feuille de route, celle qu’Até nous laisse à tous. Merci aux vieux camarades avec qui Até a construit le chemin qui a permis la parole politique à la communauté. Je les ai cité en partie pour certains tout à l’heure , lui il va nous quitter aujourd’hui définitivement mais dans le cœur, la pensée il restera là parce que il nous quitte au milieu d’un chantier que nous devons continuer.
Até , merci pour ton travail, merci pour tout . merci